Soutien algérien à la Libye

Publié le par l'observateur

On apprend, d'après certains journaux, que le gouvernement algérien affiche son soutien au clan Khaddafi. Au fond cela doit-il nous étonner? Il s'avère, après réflexion, que ce choix soit des plus logiques et reste dans une ligne politique traditionnelle. Plusieurs raisons sont à avancer.

 

  1. Tout d'abord rappelons que l'Algérie s'inscrit dans un contexte régional qui aujourd'hui connaît des troubles majeurs et sans précédents. Les gouvernements arabes, sur la sellette, ont le choix suivant: soit ils soutiennent les contestations des peuples voisins de la région au risque de voir leur propre population se soulever, soit ils soutiennent les pouvoirs en place et affichent leur solidarité. Le pouvoir algérien a, semble-t-il, opté pour la seconde proposition. Après des manifestations à répétition, sans fond politique, el Mouradia ne semble pas avoir vacillé et au contraire a tout intérêt à aller de l'avant, en soutenant par exemple les régimes contestés. Mais faut-il rappeler que le gouvernement algérien n'est pas le seul acteur dans cette dynamique de soutien. C'est toute une région qui est concernée. Cela m'amène à la deuxième raison.
  2. Avec ces évènements, on peut aisément remarquer cette solidarité, quoique officieuse, qu'affichent les gouvernements arabes pour leurs homologues. Il y a bien entendu un enjeu géostratégique: éviter l'implantation davantage renforcée des Occidentaux. Khaddafi est en effet reconnu pour sa ferme opposition à l'Occident. Soutenir Khaddafi peut donc être vu comme une volonté d'éviter qu'une région ne soit submergée par des "conquistadores" occidentaux. Selon cet angle de vue, l'Algérie soutien la Libye de Khaddafi parce qu'elle souhaiterait éviter la présence occidentale mais surtout pour afficher son appartenance aux mondes arabe et africain. Le panarabisme renaîtrait-il de ses cendres? Pas vraiment. Le panarabisme n'a jamais existé car basé sur le déni des volontés populaires. Donc à mon avis, il faut éviter de voir dans la solidarité algérienne une forme de panarabisme, ou de soutien idéologique. L'Algérie se distance de la Libye et ne partage pas les mêmes axes politiques.
  3. Cette ligne politique traditionnelle peut encore mieux se comprendre dans la configuration actuelle. Avec l'émergence de la Chine, du Brésil ou encore de l'Inde, des pays, tels l'Algérie ou la Libye ont compris que les puissances émergentes représentent une alternative à l'Occident. Au fond, pourquoi ne pas soutenir Khaddafi? Par peur d'un embargo économique sur le pétrole? Les demandes chinoises et indiennes en hydrocarbure, sans cesse croissantes, suffiraient pour rejeter cet argument. Il ne manque pas, sur le marché mondial, de clients pour le pétrole. Ce que je veux dire par là, c'est que ni l'Algérie (ni le Yemen) ne peuvent craindre de soutenir la Libye car ils savent qu'aujourd'hui l'Occident est en perte de vitesse.

 

En conclusion, l'Algérie soutien la Libye pour témoigner de son indépendance politique sur le plan international. Les menaces occidentales (politiques, économiques, militaires, ou encore diplomatiques) qu'encoure la Libye semble renforcer le désir de l'Algérie de soutenir son voisin.  

Mais dans l'idée principale, on ne manquera pas d'y voir un message lancé à destination de tous ceux qui en Algérie veulent le changement, pour les avertir qu'il faudra bien plus que des sanctions internationales pour déstabiliser un régime autoritaire.

Publié dans Maghreb

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