Un fondamentaliste chrétien derrière l'attentat d'Oslo

Publié le par l'observateur

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Selon la police, le suspect norvégien de 32 ans arrêté vendredi serait un "fondamentaliste chrétien". Il est tenu responsable à la fois de l'attentat d'Oslo et de la fusillade d'Utoya qui ont fait 91 morts.

 

Lorsqu'une terrible explosion a ébranlé Oslo, le 22 juillet à 15 h 26, il n'a donc pas fallu longtemps pour que la thèse de l'attentat soit avancée. Et avec elle, celle d'une possible piste islamiste. Avec une voiture piégée pour mode opératoire, la plupart des experts se sentaient en territoire connu. L'attaque, aveugle, contre le quartier symbolisant le cœur du pouvoir norvégien – celui des ministères – fut en outre suivie d'applaudissements et de revendications immédiates et péremptoires sur des sites islamistes stigmatisant l'engagement norvégien dès 2001 en Afghanistan et rappelant la publication de caricatures de Mahomet par certains médias norvégiens.

 

 LA PISTE ISLAMISTE D'ABORD PRIVILÉGIÉE


Tous les ingrédients étaient donc réunis. On rappelait même qu'au lendemain de la mort d'Oussama Ben Laden, Ayman Al-Zawahiri avait entre autres cité la Norvège comme cible potentielle. Le responsable d'Al-Qaida pourrait par ailleurs avoir des raisons personnelles d'en vouloir à la Norvège, car selon lui, des hommes des forces spéciales norvégiennes auraient participé à une opération ayant causé la mort de l'une de ses épouses et de l'un de ses fils.

Aussitôt après l'attentat, le premier montré du doigt est alors Mullah Krekar, un personnage sulfureux réfugié depuis vingt ans en Norvège. L'homme est présenté comme le chef d'Ansar Al-Islam, un groupuscule islamiste du Kurdistan irakien, responsable de plusieurs attentats dans cette région. Les autorités norvégiennes rêvent d'expulser Mullah Krekar, mais n'y parviennent pas car sa vie serait en danger en Irak. Il avait même déclaré que son expulsion éventuelle serait "un crime qui ne restera pas impuni". En dépit d'accusations selon lesquelles Mullah Krekar aurait proféré de nouvelles menaces en début de semaine, son avocat monte aussitôt au créneau pour le défendre.

Placée sous le signe de la terreur, cette journée du 22 juillet prend une nouvelle orientation, quelques heures plus tard lorsqu'éclate la fusillade sur l'île d'un lac situé non loin d'Oslo où se déroulait le camp d'été des jeunesses social-démocrates. Le procédé n'a plus rien de commun avec le mode opératoire traditionnel des commandos djihadistes.

 

"NORVÉGIEN DE SOUCHE"


Au cours de la soirée, le signalement du terroriste présumé qui serait responsable des deux opérations est rendu public : un homme d'environ 1,90 m, bien entraîné, blond, de type nordique. La police précise qu'il est "norvégien de souche", âgé de 32 ans. On découvre alors son nom, Anders Behring Breivik, et son cursus : ancien élève d'une école de commerce, un temps franc-maçon, nationaliste, conservateur, envoyant parfois des chroniques à un site islamophobe.

Sur son compte Twitter, il n'existe qu'une note datée du 17 juillet: "Une personne avec une croyance a la force de 100 000 personnes qui n'ont qu'un intérêt." Il possédait depuis deux ans une petite entreprise agricole qui, selon la police, aurait pu lui servir de couverture pour se procurer des produits chimiques servant à la fabrication d'explosifs.

Sverre Sponheim, responsable de la police norvégienne, a déclaré dans la nuit de vendredi à samedi que la police cherchait maintenant à établir si Anders Behring Breivik, interrogé depuis le début de la soirée, avait agi seul et s'il appartenait à un groupe organisé. "Il est prêt à avoir un dialogue avec la police. Il ne donne pas de motif pour l'instant", a déclaré M. Sponheim. Au cours de la nuit, le bilan devient de plus en plus effroyable : plus de 80 jeunes ont été fauchés par un Norvégien dont les sympathies vont à l'extrême droite.

Cette extrême droite norvégienne est traditionnellement assez marginale. Dans son dernier rapport sur "L'évaluation des menaces ouvertes", daté de 2011, le PST (le service de renseignement norvégien) notait que "les extrémistes de droite – et de gauche – ne constitueraient pas de menace sérieuse en 2011 pour la société norvégienne". Tout au plus le PST précisait-il que l'extrémisme de droite avait connu un léger regain d'activité en 2010, et qu'il en irait de même en 2011.

Le service de renseignement relevait tout de même des contacts entre les extrémistes de droite norvégiens et le milieu de la criminalité organisée. "Cela peut donner aux milieux d'extrême droite un accès plus facile à des armes, notait le rapport, et ainsi à un potentiel de violence plus important."


Olivier Truc

Publié dans International

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